« Avec cette communion il est possible de construire une paix véritable entre les sociétés ».

À l’occasion de la venue du Pape Léon XIV, 200 acteurs se sont réunis à Barcelone du 9 au 12 juin pour les rencontres méditerranéennes 26. Quelques jours avant le lancement, le père Alexis a accepté de revenir sur le sens de ce projet et ses liens avec son travail au sein de la paroisse. Interview.

Pouvez-vous nous rappeler le sens de ce projet de rencontres méditerranéennes ?

Père Alexis : Ce n’est pas seulement un projet, mais un processus qui a été lancé en 2020 à Bari (Italie), par les évêques de la Méditerranée. La première visée de ce processus consiste à promouvoir la communion des évêques entre eux, et de l’ouvrir à un travail plus large avec la jeunesse. Cette ouverture permet d’intégrer la dimension d’un dialogue entre les différentes confessions de la région. Ce travail de communion essaie d’engager aussi un dialogue avec des acteurs engagés sur le terrain social, éducatif, mais aussi spirituel, présents sur toutes ces rives. Avec les théologiens qui travaillent aussi à cela, il est possible de consolider un réseau d’amitiés et de coopération très nécessaire pour affronter les défis de notre temps. Un bureau de coordination, le COMED, sous la responsabilité du Cardinal Aveline est composé de 20 membres originaires de différents pays de la Méditerranée. Ce bureau se réunit trois à quatre fois par an. Cela permet de travailler avec le Cardinal Aveline, en lien avec le Saint Père, pour coordonner ces différentes initiatives de communion et de service. De nombreuses personnes sont désormais impliquées dans ce travail.

Que signifie pour vous le fait de vivre en Méditerranée ?

P.A : On ne peut pas vivre à Marseille sans regarder la Méditerranée! On peut s’y baigner bien sûr! Mais on peut aussi entendre par elle un appel, un appel à sortir pour aller sur l’autre rive! Cet appel est au fond un appel apostolique à se mettre en relation avec les autres églises de la Méditerranée. L’enjeu est vrai pour toutes les villes de la Méditerranée, Palerme, Tunis, Naples, Alger, Istanbul, Haïfa, Alexandrie… et bien sûr Barcelone… Chacune de ces villes est invitée à regarder la mer ni comme un simple outil de tourisme, ni comme une frontière fermée, mais comme une route vers l’autre, vers l’au-delà, vers l’inconnu. Elle doit devenir un pont vers les autres fils et filles d’Abraham qui l’habitent, pour y découvrir une grande famille appelée à prendre soin de ce berceau ensemble. En vivant avec cette conscience méditerranéenne ouverte à l’autre, de la maison de Nazareth, à la Sagrada Familia de Barcelone, que ce soit par le sud ou par le nord, que ce soit par la mer ou par les airs, on aidera nos villes et nos sociétés à mieux se connaitre elles-mêmes, à ne pas se replier sur elles-mêmes, à ne pas avoir peur de ceux qui sont sur l’autre rive.  On pourra servir ensemble une communion fraternelle des rives. Sans cette communion, la guerre continuera ses ravages, avec cette communion, il est possible de construire une paix véritable entre nos peuples.

Justement, entre le moment où le pape François a créé un réseau en Méditerranée, des conflits sont apparus au Liban, en Israël, en Cisjordanie, à Gaza. Est-ce que cela a changé quelque chose pour les jeunes qui participent aux rencontres ?

P.A : La jeunesse n’est pas prisonnière des conflits de quelques puissants qui, parce qu’ils sont forts, s’autorisent à tuer et à détruire des villes. Comme tous les jeunes du monde, ils ont envie d’étudier, ils veulent voyager et se rencontrer. Les conflits ne datent malheureusement pas d’hier et les jeunes ne les ont pas choisis. Ils ont besoin de regarder plus loin que la violence et  ne pas rester enfermés dans des médiatisations souvent simplificatrices et polarisées. Ils ont besoin de s’écouter et de se connaître à hauteur de visage, de découvrir la complexité du monde, de recueillir la beauté de leur identité, et la beauté plus grande encore de la faire interagir avec celle des autres.  Des centaines de millions d’habitants se lèvent tous les matins, vont étudier, créent des amitiés… une petite barque au milieu de ce grand monde, le Bel Espoir, a essayé de rappeler cela au monde. Nous n’avons pas à être les victimes de quelques puissants violents. Les jeunes veulent vivre en paix et je ne doute pas que leurs ressources spirituelles et humaines les aideront à faire taire les armes par le dialogue et l’amitié.

Comment les paroissiens peuvent contribuer à cette paix en Méditerranée ?

Tout part toujours d’une petite communauté locale et cette petite communauté en s’agrégeant à d’autres communautés locales qui font la même chose, constitue progressivement un processus de fraternité universelle. On répond ainsi à l’appel du pape François dans Fratelli Tutti : mettre la communauté catholique dans ce processus, mais toujours ouvrir ce processus de fraternité aux autres communautés qu’elles soient juives ou musulmanes, ou sans religion, dans la diversité culturelle des sociétés qui sont sur les rives de la Méditerranée

Quelle place a le dialogue interreligieux que vous menez au sein de la paroisse dans la construction de la paix ?

P.A : Notre quartier a besoin d’être soigné. On ne peut pas tous seuls, nous catholiques, travailler à faire de notre quartier un petit paradis. On est obligé de s’associer à tous ceux qui habitent ce quartier, croyants ou non croyants, chrétiens ou musulmans ou juifs et c’est dans cet esprit qu’on construit des amitiés pour pouvoir ensuite coopérer ensemble, au service du bien commun pour la dignité de chaque être humain. C’est sont les deux grands principes que le pape Léon rappelle dans son encyclique Magnifica Humanitas où il invite toutes les personnes de bonne volonté à ouvrir des dialogues avec leurs voisins pour construire l’avenir.

À propos de l’avenir, quels sont les prochains objectifs pour les rencontres méditerranéennes ? Quelle suite pour l’école de la paix du Bel espoir ?

P.A : Le projet d’une école de paix continuera chaque année, on ne va pas baisser les bras. Pour l’instant on n’a formé que 300 jeunes à travers des sessions de la paix comme on l’a fait sur le Bel Espoir l’année dernière, comme on l’avait fait en Albanie en 2024 et comme on l’avait proposé à Marseille en 2023. C’est une école de paix d’une session d’une semaine à quinze jours en fonction des lieux et des moments.

Comment faites- vous pour trouver l’énergie d’associer ce projet à votre rôle de curé de la paroisse ?

P.A : C’est la paroisse Notre-Dame-du-Mont qui est ma ressource principale de vie, de prière, d’amitié, de fraternité, les repas solidaires, la messe du dimanche. C’est de là que je puise mon énergie. C’est avec ma paroisse que je découvre ce que Dieu me demande de faire. Et c’est avec des bonnes volontés disponibles qui mettent du temps et de l’énergie au service du processus qu’on arrive à concrétiser les choses. Donc, le fait d’être en équipe, c’est évidemment fondamental. Il n’y a jamais rien tout seul, il y a toujours une équipe qui gagne,