Crédit Photo Laetitia Bonnet

La lune trône encore dans le ciel de Lourdes ce dimanche matin de septembre, quand une cinquantaine de paroissiens entrent dans le sanctuaire. Les visages sont fatigués et avancent dans la fraîcheur matinale derrière le Père Alexis. Quelques mois plus tôt, le prêtre a invité les fidèles de Notre-Dame du Mont à assister à la messe de Léon XIV. La visite officielle du souverain pontife, qui l’a amené à Paris, à Lourdes puis à Metz, est la première d’un Pape en France depuis 2008*. Pour l’occasion, tous ont accepté de faire 8 heures de bus aller-retour en moins de 48 heures. La veille, en début de soirée, ils s’étaient retrouvés pour un moment de prière dans l’église avant d’embarquer dans un bus conduit par un jeune homme nommé Samir. “J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau”, s’amuse le père Alexis, la mine ravie, en s’installant à l’avant. Après une nuit sur la route, le véhicule arrive à Tarbes où la ferveur est palpable : le jour n’est pas encore levé mais des dizaines de bus attendent déjà de se diriger vers le site.

Une pause dans le temps

Une fois dans le sanctuaire, on récupère les déjeuners puis on avance comme on peut dans la foule pour s’installer, 150 000 personnes sont attendues. Damien, un paroissien chargé de mener la marche, soulève un carton au-dessus de sa tête pour permettre aux autres de le repérer. “Elle vient d’où la paroisse en carton”, plaisante une des bénévoles en voyant la scène. Arrivés sur la pelouse, c’est l’heure de l’installation, le carton est découpé pour faire des sièges de fortune. En face, une scène drapée de blanc et ornée d’un crucifix lumineux attend l’arrivée de Léon XIV dans quelques heures. Le groupe composé de jeunes et de moins jeunes, venus seuls, en famille ou entre amis, patiente en discutant. Ingrid et Marion, qui viennent à Lourdes pour la première fois, sont pleines d’entrain. “J’ai besoin d’un moment fort pour reprendre le contrôle de ma vie, juste d’un moment de paix et d’une pause dans le temps”, confie Ingrid dans un sourire chargé d’espoir. “J’attends beaucoup de paix dans le monde et que la pauvreté puisse s’envoler un peu”, ajoute Gisèle qui espère que la présence du pape “nous apprenne la paix du cœur”.

Missionnaires de l’espérance

Vers 11 heures, le visage calme et tranquille de Léon XIV apparaît sur l’écran géant. La foule scande son nom, pendant qu’il arpente les allées dans sa papamobile. Lorsqu’il s’installe sur l’estrade, le silence remplit peu à peu l’espace. “C’est aujourd’hui et pas demain, qu’il faut se convertir, quitter le chemin de l’errance pour s’engager sur le chemin de la vie”, prévient-t-il au début de son homélie. Il poursuit avec un message ancré dans l’époque : “il faut faire pénitence face au monde qui va mal, les conflits, Dieu n’en est pas responsable, c’est le coeur des Hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre”, annonce le Pape, avant d’appeler les fidèles à “repartir en missionnaires de l’espérance”. Il conclut avec un message d’apaisement : “ne craignez pas les tempêtes du monde”. 

À la fin de la célébration, les paroissiens se dispersent pour se retrouver au moment de prendre le chemin du retour. Frédérique partage son ravissement :”j’ai aimé le sermon et les chants en latin”, assure-t-elle. Charlotte aussi est convaincue : “cet appel à l’engagement pour la vie et pour la paix c’était très beau”, note l’étudiante. En plus de la force du moment, les paroissiens sont revenus avec une consigne. Léon XIV a appelé à prier le rosaire pour la paix pendant tout le mois d’octobre. Pour ceux qui veulent se joindre au mouvement, des rendez-vous sont organisés à l’église à 19h en semaine et à 18h le dimanche.

*La visite du pape François à Marseille en 2023 n’était pas considérée comme une visite officielle puisqu’elle entrait dans le cadre des journées méditerranéennes.

Meriem Bioud