“On se rend compte que son voisin de banc est quelqu’un de super sympa”

Les déjeuners solidaires rassemblent chaque mois près de 80 personnes. Portés par une dizaine de bénévoles, ils permettent aux paroissiens de créer des liens et offrent une parenthèse conviviale aux personnes isolées ou démunies.

Carottes râpées, pizza, pâtes bolognaise, taboulé, jambon… L’ilôt central de la cuisine du centre Eydoux est recouvert de plats. Ce dimanche de décembre, comme chaque mois, c’est repas solidaire. L’idée a été lancée par le père Alexis Leproux : organiser un repas ouvert à tous : paroissiens, habitants du quartier, personnes de la rue…
Au menu, les plats apportés par les convives. Il est à peine midi et la salle fourmille. La dizaine de tables dressées pour l’occasion se remplit progressivement tandis que les participants du jour se dirigent déjà vers le comptoir avec leurs assiettes.
Au milieu des adultes, Axel, cinq ans, demande un morceau de jambon puis s’installe sur une chaise pour le déguster.  Non loin de là, Soeur Monique et sa voisine Meriem distribuent des assiettes de loubia (un plat algérien composé de viande et de haricots blancs). 

Un rôle social 

Au cœur du tourbillon, Marlène, la responsable de l’organisation, s’affaire derrière le comptoir avec les membres de son équipe.  Pour être facilement reconnaissables, toutes portent un badge jaune avec un smiley.  “Chaque mois on reçoit à peu près 80 personnes. Il faut réceptionner les plats, séparer le sucré du salé, couper en parts, préparer le café”. Une vraie brigade de cuisine qui s’occupe aussi de préparer la salle puis de débarrasser et laver la vaisselle.

Mais ce n’est pas qu’une affaire de logistique. “Les repas solidaires ont un rôle social”, souligne la responsable. Entre paroissiens d’abord, “on se croise mais on ne se connaît pas. C’est l’occasion de passer un peu de temps avec les uns et les autres et de se rendre compte que son voisin de banc est quelqu’un de super sympa. On fait aussi en sorte qu’il y ait un accueil. Prendre cinq minutes, surtout avec les plus démunis et les personnes âgées”, assure Marlène. Avant chaque repas solidaire, des membres de l’équipe font une tournée d’appel dans les cafés du quartier et auprès des personnes qui vivent dans la rue. André, Roger, Ramzi, Marie-Paule et Noël font partie de ces Marseillais précaires. Venus en groupe, ils se sont installés à la même table. “C’est gentil et généreux, le repas était très bon”, lance l’un d’eux en finissant son assiette de boulettes.

Solitude affective, solitude de la rue

En bout de table, André se confie sur son parcours. Aujourd’hui à la retraite, il touche une petite pension. Pour économiser, il a renoncé à chauffer son appartement. “Je ne gagne pas beaucoup et j’ai beaucoup de frais. Je suis pauvre”, résume-t-il. Pour subvenir à ses besoins, il jongle entre les distributions alimentaires. À ses pieds est posé son repas du soir, un sac distribué par une maraude alimentaire. « Mes amis sont comme moi, ils vont un peu partout pour manger, c’est dur”, explique-t-il d’un ton calme. Il a à peine fini son plat lorsque l’équipe de Marlène installe les desserts.
L’îlot est à présent garni de viennoiseries offertes par des boulangers du quartier accompagnées de flans et autres gâteaux au chocolat faits maison. Un nouveau mouvement de foule se dessine.

Coiffée d’un ruban, Stéphanie se dirige vers la cuisine pour donner un coup de main au débarrassage. La jeune femme au doux sourire reste discrète sur ses conditions de vie, elle se contente d’expliquer qu’elle connaît bien le quartier et est déjà venue à plusieurs déjeuners. Ce jour-là, elle a amené un plat et rejoint les bénévoles. “Je ne voulais pas être juste observatrice, participer c’est la meilleure façon de partager”, explique-t-elle.
Comme elle, Marie-Charlotte, visiteuse occasionnelle de la paroisse, a été séduite par l’ambiance des déjeuners solidaires. Ce mois-ci, elle a même prolongé son séjour à Marseille pour y participer. “
C’est formidable, j’ai connu la solitude, pas celle de la rue mais la solitude affective et ici j’ai trouvé une communauté, une famille”, lance-t-elle avant de prendre le chemin du départ.

En cuisine l’heure est désormais au nettoyage. Anna Toi et Constance, toutes deux bénévoles, s’affairent autour de l’évier. La salle commence à se vider. Les derniers participants font durer la séquence en discutant autour d’un café. Les repas solidaires sont finis pour 2025…
Rendez-vous
le 18 janvier2026, pour le premier repas de l’année.

Meriem Bioud